visites

ETUDE DU COMPORTEMENT
 
Cas du MAMMIFERE
Marylise POMPIGNAC POISSON
 
PHYSIOLOGIE NEURO-MUSCULAIRE
 
L’étude du comportement, tout comme celle du mouvement (kinésithérapie) ne peut se réduire aux soucis des structures mécaniques. Le geste comme la locomotion se comprend dans un contexte neurorégulateur sur lequel repose la qualité ou la défectuosité de la posture. La facilitation ou l’inhibition neuro-motrice conditionne le mouvement.
 
Selon le contexte psychologique (émotion, cognition, socialisation) et neurorégulateur, la dynamique sera favorable et saine, ou incoordonnée et précipitée (disharmonie). Pour étudier ces domaines, il convient de considérer :
Ø      Le cerveau (synaptogenèse)
Ø      Le tonus et l’anxiété (émotion)
Ø      Le schéma corporel (cognition)
Ø      La proprioceptivité et les messages sensori-moteurs (SNV)
Ø      La programmation neuro-motrice
Ø      L’exercice et l’habileté.
 
LE CERVEAU
 
Chez les mammifères, tout apprentissage est précédé par une émotion ; sans émotion favorable (partagée), aucun apprentissage ne peut advenir. Le système limbique (cerveau des émotions) régit et coordonne le comportement ; il est responsable de la réponse comportementale, somato-motrice et végétative en fonction du contexte émotionnel.
 
Que ce soit pour le jeune humain, comme pour le cheval ou le chien, la séquence comportementale n’est qu’en partie seulement, consciente et volontaire. C’est pourquoi, la confiance et le respect se trouvent au devant de la scène, en matière d’interactivité et d’apprentissage. Comme nous le savons la peur est mauvaise conseillère ! Au-delà de ce postulat populaire, il faut savoir qu’au niveau cérébral, ce sont les neurotransmetteurs et les hormones libérées par l’activité du système limbique en lien étroit avec le système nerveux central qui organisent le traitement de l’information sensorielle.
 
La libération de sérotonine produite dans un climat d’insécurité a pour effet de BLOQUER tout apprentissage ; à l’inverse, l’encouragement (ne serait-ce que féliciter la motivation à faire) libère la dopamine en activant le circuit de la récompense, ce qui a pour effet de faciliter l’apprentissage !
 
Une émotion ne peut absolument PAS se gérer ! Seule, son expression le peut mais sous condition ! Et la condition essentielle réside dans la CONFIANCE.
 
Le cheval « sur l’œil », inquiet, timide, sans cœur, doit être abordé et encadré (contenu / portage psychologique sécure) en tenant compte de ces données. La nature ne peut pas être contournée, elle est là, elle existe, il faut faire avec. Ainsi, par exemple, des chevaux de grande qualité peuvent être « gâchés », « cassés » parce que, trop inquiets, ils auront été mal compris.
  Séance d'allogrooming
 
L’émotionnel étant DOMINANT, chaque sujet, humain comme animal, cas du cheval, doit bénéficier d’un abord et d’une rencontre calme et confiante. C’est la base même de la communication (cohérente) ; à l’inverse nous observons le nervosisme de certains couples maître - élève, cheval - cavalier, ou des élèves anxieux présentant des troubles psychosomatiques tels que maux de ventre et céphalées récurrents.
 
 
ANXIETE & TONUS MUSCULAIRE
 
Etre – au – monde, c’est être – dans – le – monde soit, être – pour – autrui ; c’est-à-dire, être par son corps ET se sentir être dans le désir de l’autre. Si avant d’être – au – monde, l’enfant est fantasmé, rêvé, imaginé et parlé, le Sujet – enfant arrive par son corps dans un monde bien concret. C’est pourquoi, Freud, puis Lacan confirme que la jouissance de l’enfant est avant tout dans et par son corps (onanisme du nourrisson).
 
Dans un contexte calme, cohérent et serein, chaque Sujet évolue favorablement, l’autonomie se développant d’elle-même en toute cohérence, et l’élan vers l’autre et l’inconnu, s’exprime avec confiance et spontanéité, l’apprentissage se fait par imitation et encouragement (l’éducation, c’est l’exemple !). Pour se faire, l’éducation maternelle (jument, chienne) ou parentale (homme, oiseaux) prépare cette entrée dans le monde social, initiant les codes sociaux et communicationnels propre à son espèce. C’est pourquoi, il est aberrant de réduire le sevrage à la fin de l’allaitement alors que, au-delà du simple fait de nourrir ou d’être nourri, le processus « d’allaitement » (d’attachement) s’inscrit dans le processus éducatif du jeune sujet. Un sevrage précoce conduit la plupart du temps à des troubles psychologiques, troubles de l’adaptation, troubles des conduites sociales, etc. que ce soit chez l’animal, comme chez l’humain.
 
Ce qui est précoce ne peut donc pas être élaboré par le jeune, encore immature psycho-(neuro)logiquement ; alors, a lieu un forçage, une effraction de son « pare-excitation », de son système d’adaptation au monde, de son système de défense psychique immature, qui conduit à un traumatisme plus ou moins durable, plus ou moins profond. A la CONFIANCE s’ajoute la PROGRESSIVITE. Si au commencement de la vie, l’attachement est un besoin vital, le détachement quant à lui, se produit dans la progression ET en lien étroit avec le développement propre du jeune ; la transition s’effectuant à partir de la puberté.
 
L’anxiété signale donc, un monde perçu et représenté comme inconstant et inquiétant ; la confiance est aléatoire. Ainsi, l’hyperactivité, tant médiatisée aujourd’hui, ne fait qu’exposer l’inquiétude de ces jeunes, leur besoin de sécurité et de cadre, stable et constant. Par l’hyper – mouvement, ils montrent « au public », à l’autre, leur scène intérieure, soit, leur absence d’organisation psychique par l’absence de régulateur et de modérateur internes (par défaut de référents externes et de climat de confiance).
 
En effet, le muscle est l’organe parlant de l’anxiété ; de ce fait, le tonus musculaire s’organise autour des variations des tensions psychologiques. L’harmonie (accordage) et la confiance assurent l’équilibre somato-moteur. Tonus, posture et motricité sont les aspects intimement liés à l’activité contractile du muscle.
 
Le tonus de base correspond au tonus de veille assurant le maintien des attitudes squelettiques dans un état d’accordage psychologique et physiologique, hors de toute situation d’émotivité ou de perturbations diverses. Ainsi, la modification du tonus intervient sous l’effet de deux variables :
 
Les influences extérieures et les influences intérieures.
 
1-      les variables extérieures sont :
Ø      agression du milieu = hypertonie ;
Ø      effet relaxant du milieu = tonus de base ;
Ø      apport d’éléments médicamenteux, drogues, psychotropes = hypertonie, hypotonie ou tonus de base, selon la molécule active.
 
2-     les variables intérieures :
a)     psychiques :
Ø      agressivité = augmentation du tonus
Ø      fatigue       = diminution du tonus
Ø      trac, stress, anxiété, compétition = contractilité, augmentation du tonus ou perte de tonus (effet de l’adrénaline et de la noradrénaline)
 
b)     pathologiques :
Ø      maladie, fatigue = augmentation ou diminution du tonus.
 
 
SCHEMA CORPOREL
 
Le poulain, comme l’enfant, prend conscience de son corps par la sensation, les informations de l’environnement traitées par les organes des sens, et par le mouvement. L’élaboration du schéma corporel se construit au fur et à mesure du développement, de la maturation psychologique et de l’expérience, jusqu’à se représenter dans l’espace afin d’anticiper le comportement à adopter selon le contexte, entre autre.
 
Chez le poulain :
« Les zones privilégiées pour l’acquisition des informations sont :
La lèvre supérieure : appareil du toucher, richement innervée ;
Les antérieurs que le cheval voit plus tôt et plus souvent « mouvements intentionnels » gratter, jouer, taper, …
 
Les postérieurs et la colonne vertébrale écartés du champ visuel et sièges des manifestations inexpliquées s’ajustent plus lentement dans le schéma corporel. De plus, le poids du cavalier, certaines tensions du dos, ou la douleur, peuvent perturber celui-ci.
 
Les accidents modifient le schéma corporel : les membres douloureux inquiètent et perturbent, entraînent un geste gauche, qui se rééduquera lentement par la reprise du mouvement sain et indolore.
 
Ainsi la réadaptation du cheval accidenté en milieu sportif devra se faire très progressivement.
 
Souvent les cavaliers n’excusent pas leur cheval dans ses maladresses de convalescence, deviennent exigeants, créant par ce fait des perturbations parfois indélébiles telles que :
Perte de coordinations (obstacle ou dressage)
Anxiété du cheval,
Hyper – excitabilité (mouvement retenu, perte de brillance)
Disparition de la générosité … »
[Jean-Marie DENOIX – Jean-Pierre PAILLOUX, Approche de la Kinésithérapie du cheval, ed. Maloine, 1991.]
 
 
Confiance, respect, patience et accordage sont indispensable pour une interrelation sereine ...